Quatre jours à Tunis, invités par l’Ambassade du Japon en Tunisie.
Nous sommes partis à deux : Masato, maître de sabre officiellement convié, et moi à ses côtés comme assistant.
Première impression : un endroit familier sans y être jamais allé. Deux heures d’avion, aucun décalage horaire, un pays complètement francophone, un ciel bleu à l’arrivée et dix degrés de plus qu’à Paris — un printemps lumineux en plein hiver. Des sourires francs, une gentillesse naturelle. La circulation animée et la poussière sur les voitures nous rappellent que nous sommes en Afrique du Nord. Puis plus tard, en observant la ville, apparaissent les stigmates d’inondations survenues une semaine plus tôt.
Samedi, Sensei donnait une conférence intitulée “L’essence de la culture japonaise à travers le sabre ». Un fil rouge traversait son propos : dans la mythologie, Amaterasu et Susanoo, l’histoire du Japon, époque Heian, Heike monogatari, époque Kamakura, le théâtre nô, l’iaido, l’école Shinkage-ryu, la poésie waka ou même le nom des katanas « ame-no-murakumo-no-tsurugi », tout repose sur une fusion subtile — féminin et masculin, yin et yang, vie et mort, art et martialité.
Malgré une nuit presque blanche (l’hôtel célébrait des festivités jusqu’à l’aube), il a captivé l’audience par la précision de ses explications et la fluidité de ses démonstrations. Les échanges qui ont suivi, d’une grande profondeur, ne semblaient jamais vouloir s’arrêter.
Dimanche, nous animions un séminaire réunissant une cinquantaine de pratiquants de kendo, iaido, jujitsu, karaté — et quelques badauds. Nous avons travaillé Te Hodoki et Ittoryodan. L’attention était totale, la pratique sincère, les échanges riches.
Entre deux temps forts, nous avons arpenté la médina de Tunis, cherché un restaurant ouvert un dimanche soir pour tomber sur un restaurant lambda qui s’avéra être le meilleur qu’il soit, plongé dans la mer – misogi – à Sidi Bou Saïd, et foulé les ruines puniques de Carthage. À pied, en taxi, simplement en demandant à l’instant.
Avec le recul, ce qui me frappe le plus est la qualité des échanges. Parler d’art du sabre japonais à ce niveau d’exigence, loin du Japon, loin de Paris et se sentir pourtant à sa place. Pas de questions superficielles sur le pourquoi on fait cela — seulement de la curiosité authentique et du respect.
À celles et ceux que nous avons rencontrés là-bas : merci pour votre accueil, votre poésie de vivre et votre martialité bienveillante.
Bertrand C.
Ci-après l’article de presse publié après l’interview de Masato à l’hôtel.