Quand j’ai visité le Dojo de feu Maître Tamura (il était le directeur de la Fédération Française d’Aïkido et de Budo), il m’a permis d’assister à son cours.

En observant ses leçons aux élèves, j’ai vu qu’il utilisait sciemment un Gokuï (on peut traduire par  »secret » bien que ce ne soit pas tout à fait la même chose).

Alors, je lui ai demandé s’il enseignait aux élèves qu’il s’agissait d’un secret ? Sa réponse fut;  »Non, jamais. Personne ne le sait. Et c’est pour cela que je peux gagner ma vie. » Et il a rigolé. Je n’ai senti aucune méchanceté dans sa réponse. Je me suis dit que c’était l’humour d’un virtuose. Et puis, en réfléchissant, je trouvais qu’il n’était pas très généreux tout de même. Que dans ce siècle, on devait partager les secrets utiles… Evidemment, dans notre tradition, on n’enseigne jamais cela. Malgré tout, il me semblait que cette tradition était un peu dépassée, et qu’elle devenait en quelque sorte une méthode élitiste. J’étais jeune.

Quelques années se sont écoulées. Désormais, je crois avoir compris pourquoi il n’enseignait pas les secrets comme tels.

La raison principale repose sur le paradoxe suivant : si on enseigne un secret aux élèves, étonnamment, ils n’apprennent pas, En revanche, si on leur cache, cela peut provoquer la créativité ou même l’intuition de certains secrets.

C’est ce que je sens.

Mon maître de Nô était assez fait de cette même pâte traditionnelle : il n’expliquait rien, et j’ai vécu à ses côtés sans méthode.

Je me suis senti perdu longtemps car je ne savais pas comment j’allais parvenir à un niveau honnête alors que je ne voyais pas le chemin. J’ai commencé à rechercher à travers la danse, le budo, le yoga, le kikou…

Dans ce parcours, j’ai découvert énormément de Gokuï. Ce sont mes trésors que j’ai envie de partager avec les autres. Et c’est ce qui ouvre ma voie.

Pourtant si je donne mes trésors aux autres, peut-être que cela risquerait d’empêcher que ceux-ci découvrent leur propre voie. Enfin, étant au 21ème siècle, il me semble que beaucoup de pratiquants doivent parvenir à un bon niveau plutôt que : très peu de virtuoses dirigent les autres.

Toujours : Ying et Yang, cacher et montrer,
De hiérarchie à indépendance, de conflit à harmonie.

C’est ainsi que j’ai choisi ma méthode que l’on appelle souvent « ésotérique ».

Masato Matsuura
Novembre 2013