dojo

Le Dojo Saint Ambroise – crédits photo: Romain Jacquot

 

En cette période de déconfinement, nous nous posons tous les mêmes questions : après la fin de cette crise sanitaire, un retour à une vie normale sera-t-il possible ? Si oui, sous quelles conditions pourra-t-il se réaliser ? Ces interrogations sont tout aussi légitimes dans notre école, et plus généralement dans le monde des arts martiaux, alors que les contacts physiques fréquents entre pratiquants s’accordent difficilement avec le respect des gestes barrière et que les entraînements se déroulent dans des lieux clos. Comment alors envisager un retour au dojo ?
Il n’y a bien sûr pas de réponse définitive à cette question et c’est dans ces moments-là qu’il importe de se pencher sur le sens des mots pour les (re)découvrir et alimenter sa propre réflexion. Le dojo (道場en japonais) peut se traduire par « lieu où on étudie (ou cherche) la Voie ». Il est réservé à la pratique des budô ou de la méditation bouddhiste zen. Certains le considèrent même comme un sanctuaire, comme en témoigne par exemple l’importance de l’orientation géographique du dojo : le côté honorifique ou kamiza (litt. « côté élevé ») correspond au mur nord, pointant dans la direction où résident les dieux. Le dojo semble donc indissociable d’une localisation fixe, un endroit dans lequel les élèves se réunissent pour s’entraîner ensemble. Mais que se passe-t-il lorsque nous distinguons le dojo de notre espace habituel d’entraînement ? Après tout, le dojo n’est-il pas tout simplement le lieu ou plutôt, l’ensemble des lieux dans lesquels je m’entraîne ? Que ce soit chez soi ou dans la rue, il est toujours possible de perfectionner sa posture ou sa technique de marche. Tout en respectant la définition traditionnelle du dojo, nous pouvons donc élargir la vision que nous avons de celui-ci et l’étendre à l’ensemble des lieux de notre vie quotidienne. Le monde entier peut ainsi se transformer en un terrain d’entraînement géant. Tout est une question de perspective.

Cette universalité du dojo rejoint l’universalité de la Voie, telle qu’en parle Miyamoto Musashi. En effet, bien que l’on dise la Voie, il existe (au moins) une Voie pour chaque domaine de production ou de création, et même pour toute activité dans laquelle nous investissons notre personne et notre temps, qu’il s’agisse de notre métier ou d’un hobby tel que la science et la dégustation du whisky. Et bien que chaque Voie se rattache à une spécialité, nous pouvons aussi élargir notre Voie à force de la parcourir et de nous y entraîner, de sorte que celle-ci finisse par englober d’autres domaines pour lesquels nous n’avons pas nécessairement reçu d’enseignement formel.

Dans cette quête de sens, notre dernière tâche consisterait à donner une définition de la Voie. Cependant, répondre adéquatement à une telle question nécessiterait un autre texte entier et surtout, plus de connaissances que celles que je possède à l’heure actuelle. Je me contenterai donc de fournir deux indices me semblant utiles et un début d’interprétation personnelle. Le reste de la recherche sera naturellement à votre charge. Le premier indice se trouve dans le Gorin no sho : Musashi y cite l’exemple du charpentier qui doit, entre autres, avoir de bons outils et être capable de déterminer l’usage approprié de chacun des types de bois à sa disposition en fonction de leurs qualités propres (au risque de voir son édifice s’écrouler s’il se trompe). C’est la Voie du charpentier. La seconde référence est une citation de Confucius dans ses Entretiens (VI.15) : « Quelqu’un peut-il sortir de la maison, si ce n’est par la porte ? Pourquoi personne ne passe-t-il par la Voie ? » Bien que le discours de Confucius fût surtout porté sur la Voie morale, rien n’interdit de l’appliquer dans un autre cadre si cela nous semble pertinent. A partir de ces données, nous pouvons dire que la Voie serait une pratique qui doit être faite correctement et à travers laquelle nous pouvons développer nos compétences, affûter nos sens ou encore nous bonifier en tant qu’êtres humains. Encore une fois, cet embryon de définition n’est qu’un point de départ et vous êtes tout à fait libres d’en choisir un autre. S’il existe autant de visions que d’êtres humains sur Terre, alors il existe potentiellement un nombre similaire de Voies. C’est pourquoi il appartient à chacun de tracer sa Voie à sa manière.
Maxime