boddhi
Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

« L’esprit qui ne se tient nulle part. »

Cette formule utilisée par le moine Takuan (contemporain du célèbre bretteur Miyamoto Musashi) au début de son livre Mystères de la sagesse immobile représente un principe important du bouddhisme zen, qui a notamment influencé l’éthique des samouraïs et donc les arts martiaux, dont l’art du sabre, que ceux-ci pratiquaient. Ce texte était d’ailleurs adressé à son ami Yagyû Munenori, deuxième maître de la lignée de l’école Yagyû Shingake-ryû (l’un des deux styles de sabre promus par le shogunat Tokugawa).
Que cherche-t-on à exprimer à travers cette notion ? Généralement, lorsque nous pensons ou réfléchissons à quelque chose, notre esprit se pose sur ce sujet précis, il est fixé dessus. Pour ainsi dire, il « se tient quelque part ». Nous réduisons grandement notre capacité à capter les autres informations provenant de notre environnement et par là même, notre capacité à évaluer correctement une situation et à y réagir promptement. Un tel phénomène n’a peut-être pas de grandes conséquences dans certains domaines de notre vie quotidienne, mais dans un combat au sabre où la différence entre la vie et la mort tient à de petits détails, la compréhension de cette idée est cruciale. Si nous morcelons une technique (ce qui est bien sûr un passage obligé pour un novice ou même pour un étudiant aguerri qui (ré)apprend une technique en plusieurs phases successives), c’est-à-dire que, par exemple, nous portons uniquement notre attention sur le sabre de notre adversaire ou sur la position de notre propre corps, et ne prévoyons de réagir que lorsque nous verrons ledit sabre bouger, nous ne manquerons pas d’être pourfendus. Dans ce cas, nous ignorons entre autres la distance à laquelle se trouve notre adversaire, les mouvements de son corps préparant ceux de son sabre, le timing de son attaque, etc. C’est pourquoi nous apprenons à ne pas fixer notre esprit sur un point précis, c’est-à-dire à avoir conscience du plus grand nombre possible de données d’une situation sans se focaliser exclusivement sur l’une d’entre elles. C’est cela « l’esprit qui ne se tient nulle part. »
Un tel esprit n’est pas inerte. Bien au contraire, il agit partout en même temps. Ce principe peut paraître abstrait et pourtant, nous tentons de l’appliquer dans notre école, lorsqu’en iai nous nous entraînons à ressentir tout l’espace autour de nous, ou encore lorsque nous pratiquons les ukemi. Ce dernier terme qui peut littéralement se traduire par « recevoir avec le corps » et qui est généralement compris comme (l’art de) « tomber en toute sécurité, » correspond à l’ensemble des techniques de chutes ou roulades employées lors d’une projection au sol. En effet, quand nous roulons sur le sol, il faut être capable de solliciter chaque muscle de notre corps au moment adéquat (i.e. l’esprit est partout) afin d’absorber progressivement l’énergie de la chute et ce, tout en gardant le corps relâché (i.e. l’esprit ne se tient nulle part). Nous retrouvons aussi une manifestation de cette formule dans les statues représentant le bodhisattva Avalokiteshvara (Kannon en japonais) aux milles bras (un exemplaire peut être admiré au musée Guimet à Paris). Avalokiteshvara peut simultanément mouvoir tous ses bras, chacun possédant une utilité particulière, sans pour autant être accaparé par aucun d’entre eux.
Un autre exercice de conditionnement qui peut être pratiqué dans ce but, que l’on étudie l’art du sabre ou non, consiste à « laisser couler ses pensées le long de son esprit. » De la même manière que la pluie coule le long de la vitre sans y passer au travers, nous contemplons nos pensées et gardons conscience de leur existence, sans qu’elles nous atteignent ou sans que nous nous concentrions seulement sur l’une d’elles. Cultiver un tel état d’esprit peut se révéler bénéfique dans des situations de notre vie quotidienne où nous sommes amenés à prendre des décisions importantes, tout en étant soumis à une pression significative qui nous pousse à nous poser des œillères de peur d’être dépassés par les circonstances.
Ainsi, si l’apprentissage des formes est la première étape de l’initiation aux arts martiaux, à laquelle succède l’incorporation de l’intention dans notre pratique (cf. le texte de Ludivine), alors nous exercer à ne tenir notre esprit nulle part vient juste après. Puis, nous répétons ce cycle encore et toujours.Maxime Leong
Travail des Ukemi
Nous vous proposons aujourd’hui de travailler, dans un premier temps, les ukemi grâce à la vidéo d’Olivier que vous trouverez ci-après.
Non seulement cet exercice vous permettra de mieux appréhender les chutes, mais il permet également de vous échauffer (en particulier le dos) pour la suite des exercices.
Iai
Ensuite, nous avons souhaité vous proposer de travailler un peu d’iai cette semaine. Et comme introduction à cet exercice, nous vous présentons la vidéo qu’Olivier a bien voulu partager et que vous trouverez ci-dessous
Ensuite, nous souhaiterions travailler plus particulièrement sur yokonuki, ou le dégainage sur le côté comme vous pourrez le voir sur la vidéo que vous trouverez ci-après.
De la posture initiale (pied droit avant), sentez le sol avec les pieds, puis débloquez les genoux pour déplacer les mains, gauche puis droite respectivement sur la saya (fourreau) et la tsuka (poignée). Gardez le dos droit, lors du dégainage, tranchant vers l’avant, gardez la main droite immobile. Remontez par un mouvement de hanches, en enroulant les mains autour de la poignée du sabre. Puis lancez la frappe, lointaine, en tendant les bras. Pour ensuite effectuer le zanshin (vigilance), ouvrez la main gauche, et tournez légèrement le sabre. Rengainez latéralement.
Gardez à l’esprit d’apporter autant de soin au dégainage qu’au rengainage.
Alexis