Le parthénon

Une simple marche, et déesse la voici; et nous, presque des dieux!…Une simple marche, l’enchaînement le plus simple! … On dirait qu’elle paye l’espace avec de beaux actes bien égaux, et qu’elle frappe du talon les sonores effigies du mouvement.Elle semble énumérer et compter en pièces d’or pur, ce que nous dépensons distraitement en vulgaire monnaie de pas, quand nous marchons à toute fin. »
L’Âme et la danse, Paul Valéry

    L’origine du Nô est l’art Sumérien, c’est ce que je considère. Berceau des civilisations passées : égyptienne, grecque et romaine ; remontant vers l’Inde avec Alexandre le Grand, il se répand partout dans le monde. Je ressens les traces des danses archaïques, miraculeusement conservées dans cet art du Grand Orient, au terminus de la route de la soie.
Paul Valéry donne ici sa voix à Socrate qui regarde une danseuse divine et exprime son impression devant sa « simple marche ». Cela m’évoque naturellement notre art, car dans le Nô la « simple marche » est presque Tout. Tout s’exprime dans cet acte : le Temps, l’Espace, l’Humanité, tout Esprit.
Dans la pratique, la marche épurée n’est donc pas seulement un geste physique, mais par cet exercice, nous entrons en résonance avec les éléments, nous dialoguons avec le corps et l’espace (la gravité et l’air), pour finalement plonger bien au-delà de la conscience, comme si nous dépassions la notion de Temps.
Tout cela est aussi l’essence de l’art martial et probablement l’essence même de la vie.

Masato MATSUURA