Il y a plus de quinze ans, en pratiquant les formes de sabres  »traditionnelles », je me suis posé la question de savoir à quelle époque elles avaient été fixées comme cela. Je sentais beaucoup que les mouvements n’étaient pas très raisonnables et je me suis demandé si les anciens maîtres bougeaient vraiment de cette manière. Je savais que les formes étaient codifiées, qu’il avait fallu les encoder. Mais je n’entrevoyais aucune trace de mouvement réel. Plus tard, j’ai appris que de nombreuses formes traditionnelles ont été fixées assez récemment, souvent après la fin de 19ème siècle et surtout, après la deuxième guerre mondiale. C’est pourquoi les formes de sabre ne correspondent plus à la technique des anciens maîtres. Elles sont finalement plus vraisemblablement issues des jeux sportifs, car les formes ont été codifiées en quelque sorte pour organiser les compétitions, les examens. Autrement dit, pour organiser un certain contrôle sur les pratiquants. (Je ne critique pas la structure, il y a des grands avantages à l’institution de la structure, mais en tant que pratiquant, ce n’est pas ce que je recherche)

Il est normal que la tradition se transforme pendant les transmissions selon les périodes, mais il arrive aussi souvent que cette transformation soit une trahison.

Chez nous, au Japon, le Kata (la forme) traditionnel est une grande richesse culturelle, et à la fois c’est un grand pouvoir, une base pour créer la hiérarchie. Je préfère continuer ma recherche et approcher la liberté de l’esprit et du mouvement sur le modèle des anciens maîtres et en dehors du pouvoir. Ainsi, ma voie n’est pas très compatible avec  »la tradition » et le grand pouvoir hiérarchisé. Pour moi, les Kata ne sont pas un but, mais un moyen pour transformer le corps et l’esprit de manière plus énergétique, et ils sont aussi un moyen pour exprimer et partager cet art. Ils naissent à l’instant, ils meurent tout le temps. Je ne m’y attache pas.
Comme Musashi a écrit, « Lorsqu’on a un principe, on y renonce. »
J’ai quitté le Japon, et je recherche l’essence du sabre japonais ici. Je n’enseigne pas les formes antiques, c’est un art qui est apparu dans les corps et les esprits d’aujourd’hui en puisant à la source de la route de la soie. J’aimerais reproduire le sabre fluide ou le sabre en spirales, disparu, qui a sûrement existé autrefois au Japon et ici en Europe avec le guide de l’Aiki. Et j’aime le paradoxe suivant : que la recherche du coeur des arts traditionnels se présente autant comme une recherche contemporaine, en même temps qu’intemporelle. Comme dans la philosophie Bouddhiste, la notion de temps n’est pas définitive.

Merci de collaborer avec moi.
Masato Matsuura

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Premier soleil levant de 2014

Je n’oublierai jamais la joie que j’ai eue, quand j’ai connu le nom de l’épée de Charlemagne:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joyeuse_(épée)

A l’origine, au Japon, l’épée n’était pas un instrument de guerre, mais un symbole de Création.
Dans la mythologie, Izanagi, une des divinités de la création, a dessiné la terre avec une épée qui s’appelait Amanonuboko.
Et on l’utilise toujours dans le rituel religieux.
Sur un plan concret, évidemment, l’habillement, la nourriture, l’habitation, les bases de la civilisation sont des résultats de l’utilisation de la lame.
Plus tard, le maniement de la lame est développé comme une méthode de combat, c’est-à-dire comme une technique pour tuer ou détruire.
Et nos Kenseis (les saints du sabre) l’ont transformé en une méthode pour vivre ou créer.
C’était la « renaissance » au Japon, au 16ème siècle.
Pourquoi apprend-on une méthode de sabre aujourd’hui ? Ce n’est pas pour détruire bien sûr.
Une réponse peut être celle-ci : comme vous pouvez le constater la pratique du sabre peut transformer l’instrument en une antenne qui capte le ciel et la terre, l’univers.
Il peut aider à transformer tous les actes de la vie de telle sorte qu’ils soient plus organisés, plus énergétiques ou simplement plus joyeux.
Je ne peux pas imaginer le chemin avec les guerres incessantes de l’empereur qui a été le premier à l’origine de la construction de l’Europe.
Je ne peux pas imaginer la vie du peuple de l’époque.
Mais cela me donne toujours une grande joie d’imaginer que Charlemagne était toujours avec la Joyeuse à sa ceinture.

Cette année sera la 1200ème année de sa commémoration.

Joyeuse 2014.
Masato MATSUURA